G4/ Chapitre 24 - Cap vers l'indépendance
- Nathalie986

- 20 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 déc. 2025
Point de vue de Philippe
Le soleil se levait sur Evergreen Harbor, illuminant doucement les façades réhabilitées de Carrière Grims. Jace et moi avions emménagé depuis une semaine seulement dans notre nouvelle maison, encore pleine de promesses, et l’air portait ce parfum de renouveau qui accompagne toujours les commencements.
Ce matin-là, la famille devait venir nous rendre visite. Maman, toujours attentive, avait insisté pour voir comment nous étions installés.
Lorsque la voiture se gara devant la maison, nous sortîmes les accueillir, un sourire aux lèvres. Coline fut la première à bondir hors du véhicule :
- Alors, les grands indépendants, vous survivez sans Maman ? lança-t-elle en riant.
J’éclatai de rire.
- On fait ce qu’on peut. Mais on y arrive, figure-toi.
Maman observa les alentours, les yeux brillants.
- Je suis fière de vous. Ce quartier avait besoin de jeunes comme vous pour lui donner une nouvelle vie. J’imagine que vous avez déjà réfléchi aux plans d’action de quartier ?

La discussion s’engagea autour de la table. Jace et moi expliquâmes que nous avions déjà commencé à nous investir dans les réunions locales. Je parlais avec enthousiasme des projets de recyclage, tandis que Jace évoquait la modernisation des infrastructures.

Coline, fit sa curieuse en nous demandant ce que nous allions concrètement faire.
Je répondis avec un sourire :
- J’aimerais veux développer l’artisanat. Les jus de fruits, bien sûr mais également la gemmologie, les bougies et les poteries. J’ai plein d’idées. A voir comment elles se mettront en place.

Jace ajouta qu’il continuait à jouer de la guitare tout en m’aidant activement. Maman hocha la tête, émue, et Michel nous encouragea dans cette voie, très enthousiaste.

Les jours suivants furent rythmés par notre engagement. Nous participions aux réunions de quartier, votions pour les initiatives écologiques, et nous impliquions dans les projets de modernisation.

Notre maison, à l’instar de celle de Maman, devint un petit laboratoire d’expériences vertes : hôtels à insectes soigneusement entretenus, ruche bourdonnante dans le jardin et recycleur toujours actif.


Je passais des heures à pétiller, testant de nouvelles recettes de jus pétillants que je notais dans un carnet. J’aimais observer les bulles danser dans les bouteilles, comme si elles reflétaient mon propre enthousiasme.

J’avais récemment découvert la gemmologie qui m’ouvrait un monde fascinant : je collectionnais les cristaux, apprenais à les tailler, et rêvais de les intégrer à des créations artisanales.

Mais je n’en étais pas encore là. Cette art me prenait beaucoup de temps. Je n’avais pas les moyens d’acheter des cristaux, alors il me fallait creuser la terre, et frapper la roche pour en dénicher, et ça n’était pas chose facile.


Jace, de son côté, s’était essayé à la pêche lorsqu’il s’était aperçu qu’on avait un coin de pêche tout près de la maison. Il s’évadait souvent au bord du canal avec sa canne à pêche. Il aimait le silence, le clapotis de l’eau, et la sensation de tirer doucement sur la ligne.

Il s’était découvert une nouvelle passion, mais le soir, il retrouvait toujours sa guitare, jouant des mélodies qui emplissaient la maison d’une chaleur familière.

Un soir, autour d’une discussion banale, nous décidâmes de nous inscrire sur un site de rencontre, « le Coin de Cupidon ». Je ne sais même plus comment la conversation avait pu tourner sur ce sujet mais, après tout, Maman et Papa s’étaient rencontrés sur site et s’étaient aimés très fort.
Quoi qu’il en soit, nous remplîmes nos profils, chacun à notre manière, et nous rîmes beaucoup en comparant nos photos et nos présentations, un peu maladroites, mais sincères.

Quelques jours plus tard, alors que je m’apprêtais à cuisiner, mon téléphone vibra. C’était Maman. Je décrochai aussitôt.
- Alors mon grand, comment ça se passe ? demanda-t-elle d’une voix douce.
Je lui racontai notre vie ici, et tout ce que j’avais entrepris. Elle dut me sentir un peu désemparé car elle me poussa à lui dire ce qui n’allait pas. Je souris, touché par son encouragement.
- Tu sais, parfois, j’ai peur de ne pas être à la hauteur. Entre la pétillerie, la gemmologie, et tout ce qu’on veut faire pour le quartier…
- Philippe, tu n’as pas besoin d’être parfait. Tu dois juste être toi-même. Tu as toujours eu cette lumière en toi, cette envie de créer et de partager. Alors continue de faire ce que tu fais, pour le plaisir. C’est ça qui compte.
Je restai silencieux un instant, ému.
- Merci maman. Ça me fait du bien de t’entendre.
Je raccrochai avec le cœur plus léger. Ses mots résonnaient en moi comme la promesse que j’étais sur le bon chemin.

Quelques semaines plus tard, un marché s’ouvrit à l’espace communautaire. C’était l’occasion rêvée pour moi de découvrir ce que les autres artisans proposaient. Je n’avais pas encore de stand, mais je voulais observer, apprendre, m’inspirer.

Le premier stand que j’aperçus proposait des bougies de toutes sortes, de toutes les couleurs, et de toutes senteurs. Certaines étaient vraiment très belles.

Un peu plus loin, je remarquai un étal de jus de fruits. Je décidai de m’approcher de la jeune femme qui les vendait, dans l’espoir d’obtenir quelques conseils :
- Bonjour, vos jus ont l’air délicieux. Je m’intéresse aussi à la pétillerie. J’espère un jour vendre mes propres jus.

La jeune femme me regarda avec une certaine méfiance.
- Ah… Vous voulez faire la même chose que moi ? »
Surpris par le ton sec de sa voix, je tentai de la rassurer :
- Pas exactement. J’aimerais apporter ma touche personnelle, avec des saveurs différentes. Je ne veux pas vous concurrencer, juste partager ma passion.
Mais elle resta froide.
- Vous savez, le marché n’est pas si grand. Si chacun se met à vendre des jus, ça va devenir compliqué.

Elle tourna les talons et s’éloigna. J’avais espéré une rencontre chaleureuse et quelques conseils, et ma déception fut aussi grande que mon incompréhension face à sa réaction. Bien sûr, je comprenais ses inquiétudes, mais elle ne me ferait pas abandonner mon projet. J’envoyai un texto à Maman pour lui raconter ma déconvenue.

Le destin, pourtant, avait décidé de nous faire nous recroiser. Quelques jours plus tard, je participais à une réunion sur les initiatives écologiques. À ma grande surprise, elle était là, assise quelques chaises plus loin. J’appris qu’elle s’appelait Hitomi. Elle semblait impliquée, passionnée par les débats sur la réduction des déchets.
À la sortie de la réunion, nos regards se croisèrent. Il ne restait que nous. Elle hésita, puis s’approcha.

- Je voulais m’excuser pour l’autre jour. J’ai été un peu brusque. C’est juste que… j’ai mis beaucoup d’énergie dans mon stand, et j’ai peur de perdre ma place. Voyez-vous, ce n’est pas moi qui fabrique ces jus. Je ne suis pas assez douée en pétillerie. Je les vends, c’est tout.
Je lui souris, soulagé.
- Je comprends. Mais je ne veux pas vous nuire. Peut-être qu’on pourrait collaborer un jour, qui sait ?
J’avais lancé ça, comme ça, sans trop savoir pourquoi. Collaborer ? Franchement ! Je me faisais l’effet d’être un idiot. Hitomi sembla pourtant réfléchir, puis elle hocha la tête.
- Peut-être.

Ce simple mot fut pour moi une lueur d’espoir qui marquait le début d’un chemin encore incertain. Elle n’était pas partie en courant, au moins. Je sentis que cette rencontre, malgré les tensions initiales, n’était pas anodine. Cette fille me plaisait vraiment, et quelque chose, dans son regard me donnait envie de persévérer.

Alors pourquoi ne l’ai-je pas invitée à boire un café, ou demandé son numéro ? Non, je l’ai regardé s’en aller, une fois de plus, espérant secrètement que nos routes se croiseraient à nouveau. Hitomi... Quel doux prénom.





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