G8/ Chapitre 39 - Au bord du renoncement
- Nathalie986

- il y a 18 heures
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Lorsque Claire Guérin arriva, Caleb l’introduisit directement dans la cuisine. Il voulait s’entretenir en tête à tête avec elle sans la présence de ses amis. Il lui annonça directement sa façon de penser.
- Je tiens à vous prévenir tout de suite. Il est hors de question que vous me demandiez de transformer ma femme en vampire, même si la seule solution est là.
- Oh mais ça, je le sais, Monsieur Vatore. J’ai tout de suite cerné quel genre d’homme vous étiez.

Déstabilisé par les paroles de Claire, ainsi que par sa voix calme, il lui proposa de s’asseoir.
- Pourquoi êtes-vous venue ici, dans ce cas ?
- Pour que vous me permettiez d’aider Maxime à jeter le sort de survie sur votre femme. C’est uniquement pour cela.

- Ma femme est destinée à mourir. A quoi ce sort servirait-il ?
- Monsieur Vatore, un jour, peut-être, changerez-vous d’avis...
- Cela m’étonnerait beaucoup.
- Ne dites pas cela. Vous n’en savez rien.

- Bien sûr que si, j’en sais quelque chose. Rose m’a demandé à plusieurs reprises de la transformer et j’ai toujours refusé. Je ne changerai pas d’avis.
- Je suis curieuse mais pourquoi avez-vous refusé d’accéder à sa demande ?
- Parce que la vie d’un vampire est éternelle, que cette vie-là est longue et pavée de souffrances... Vous rencontrez des gens, vous finissez par les aimer. Vous faites des enfants que vous aimez aussi. Et tout cela pour quoi ? Pour les voir mourir. Ne nous leurrons pas docteur, il y a plus d’humains que de vampires sur cette terre. Mais nous, nous restons, et nous voyons nos êtres chers disparaître alors que nous sommes toujours là. Je n’imposerai pas cela à Rose. C’est une douleur sans cesse renouvelée.

- Je comprends mieux votre existence, Monsieur Vatore, mais votre femme était-elle au courant de tout cela lorsqu’elle vous a demandé de la transformer ?
- Oui, bien sûr. Je ne lui ai jamais rien caché.
- Mais elle voulait quand même que vous la transformiez, n’est-ce pas ?
- Dans les premiers temps, non. Je la faisais changer d’avis. Mais ensuite, elle m’a dit vouloir vraiment passer l’éternité à mes côtés. J’ai refusé.

- J’ai envie de vous demander pourquoi. Pourquoi, alors qu’elle désire passer l’éternité auprès de vous, vous ne la lui accordez pas ? Et pourquoi, alors que vous l’aimez plus que tout, vous vous refusez ce droit au bonheur éternel ?
- Parce que je me refuse à la voir souffrir. Son bonheur est ma priorité. Et je sais aussi, qu'ensuite, elle m'en voudrait.
- Ce que j’observe est que vous décidez pour elle. Vous avez le pouvoir de vie et de mort sur votre épouse, vous en rendez-vous compte ?

Caleb était las. Il savait aussi que Claire Guérin n’avait pas tort. Son emprise sur Rose était forte mais il n’avait pas envie la perdre, et, plus que tout, il ne voulait pas qu’elle souffre. Alors, s’il devait décider, il déciderait.
- Je veux que Rose parte en paix. C’est tout ce que je veux.
- Très bien. Je vous propose un marché. Réfléchissez à ce que je viens de vous dire. Laissez-nous jeter le sort. La fièvre du rongeur enragé continuera à faire des ravages, mais elle ne mourra que dans six ou sept mois. Elle n’aura pas plus de souffrances que maintenant mais, au moins, cela vous laissera le temps de changer d’avis.

- Je ne changerai pas d’avis.
- Je ne suis pas du tout persuadée de cela. Laissez-vous le temps, ou vous pourriez regretter de ne pas avoir fait ce qu’il fallait, pour elle, et pour vous deux.

- Très bien. Allez voir Maxime. Il est au salon.
- Merci Monsieur Vatore, je suis sûre que vous ne regretterez pas votre décision.

Claire et Maxime montèrent ensuite dans la chambre de Rose.

Ils entamèrent tous deux un rituel magique qui ne fonctionna pas énormément.

Après plusieurs essais, ils comprirent qu’ils ne pouvaient rien faire de bien ensemble.
- Je crois que je vais vous laisser officier seule.
- Effectivement. Votre magie malicieuse parasite ce sort. Et c’est un sort qui se lance normalement seul.

Maxime laissa donc Claire, seule avec Rose, alors qu’il avait promis à Caleb de ne pas le faire. Mais son initiative fut heureuse. Seule, Claire arrivait à mieux canaliser son énergie magique sur Rose.

C’était le but principal, et elle lança le sort uniquement avec les mains, sans baguette. Ainsi, « Survivario » protégerait Rose le temps qu’il faudrait...

Lorsqu’elle eut fini, Claire rappela Maxime qui était simplement resté derrière la porte afin que Caleb ignore qu’il avait laissé le médecin seule avec sa femme.
- Elle est protégée ?
- Oui.

- Comment le savez-vous ? Elle est toujours telle que je l’ai laissée tout à l’heure.
- Moi, je le sais. J’ai pratiqué ce sort une dizaine de fois. Vous, vous devez me faire confiance.

- Mais je vous fais confiance.
- Tant mieux parce que sinon, vous seriez obligés d’attendre demain soir pour vérifier si le sort a bien fonctionné.
- Et si ce n’est pas le cas, demain soir elle sera morte...
- C’est exactement ça. Mais ne vous inquiétez pas. Maintenant, elle a un sursis. Laissez juste le temps à Monsieur Vatore de se décider.

- Et je suis persuadée qu’il le fera.
- Comment pouvez-vous en être aussi sûre ?
- Disons que j’ai une bonne connaissance de la nature humaine, même si, dans le cas de Monsieur Vatore, nous parlons d’un vampire. Lorsqu’il verra la fin de Rose approcher, il la transformera. J’en suis sûre.
- Dieu vous entende. Mais en attendant, ne dites jamais à Caleb que je vous ai laissée seule avec Rose.

- Il ne m’apprécie vraiment pas, hein ?
- Laissez-lui le temps. Cela finira par arriver. Je vous remercie pour Rose. J’espère que nous la sauverons. Je reste en contact avec vous.

- Je vais m’éclipser maintenant. Retournez voir Monsieur Vatore, et dites-lui que nous avons réussi. Pour la suite, je ne peux plus rien faire.
- Merci Claire. Merci pour votre aide précieuse.

Maxime ne trouva Caleb nulle part dans le manoir. Il alla prendre une douche et rejoignit Lilith.
- Je suis heureuse que vous ayez pu jeter ce sort. Je suis persuadé que Caleb finira par se décider à la transformer.
- C’est Claire qui a tout fait. Je n’étais pas assez puissant pour cela. Mais surtout, ne le dis pas à ton frère, il en ferait une jaunisse.

- Et si nous allions quelque part pour fêter ça ?
- Tu es en nuisette, et moi, en pyjama... Et puis, il faut que je te parle de quelque chose.

- Et qu’as-tu donc de si important à me dire qu’on ne puisse pas sortir ?
- Je vais quitter le manoir.
Lilith sentit son cœur se serrer mais il fallait qu’elle fasse bonne figure. Elle questionna doucement Maxime.
- Tu ne me l’avais jamais dit. Mais pourquoi ?
- Ma mère a besoin de moi. Mes tantes Maewenn et Amandine aussi. Je me dois d’être auprès d’elles.

- Tu es résistant, Maxime. Pourtant, tu souffres, toi aussi.
- Et il y a Gabriel, mon cousin. Il est devenu ado, et il vient de perdre son père. Je suis la seule figure masculine qui lui reste dans cette famille.
- Et tu dois l’entraîner, n’est-ce pas ?
- Oui... A la magie, bien sûr, mais aussi à sa future profession d’agent secret, et à son rôle de protecteur. Il a les marques.

- Cela ne fait pas beaucoup pour un adolescent ?
- Je suis passé par là, et je m’en suis très bien sorti. Et pour lui qui vient de perdre son père et son oncle, ce sera un moyen de penser à autre chose. Ce n’est pas parce que je vais m’en aller que je ne t’aimerai plus, Lilith.

- Oh, mais je le sais très bien !
- Pourtant, tu as l’air triste...

Oui, Lilith était triste. Elle ne s’attendait pas à une telle nouvelle, mais elle envisagea, de ce fait, de quitter, elle aussi, le manoir de Caleb.
- C’est vrai que je suis un peu triste... Nous ne serons plus ensemble...

- Mais cela me permettra aussi de quitter le manoir et de reprendre ma vie avec Emmanuelle.
- C‘est ce que tu veux ? Et Caleb ?

- Caleb est mon frère, je ne l’abandonnerai pas, mais je ne vivrai plus sous son toit, c’est tout.
- Tu retournes vivre dans ta maison, alors ?
- Non... J’en ai marre de la vallée oubliée... Et il y a trop de souvenirs que je souhaite oublier, dans cette maison.
- Et où iras-tu alors ?

- Dans la maison de mon neveu Samuel, à Willow Creek. Je pense qu’Emmanuelle en sera ravie.
- Nous serons voisins alors. C’est merveilleux.
La peine de Lilith grandissait. Elle aurait tant aimé que Maxime et elle soient plus que voisins.
- Nous ne serons pas loin l’un de l’autre, c’est certain.
- Cette nouvelle n’a pas l’air de te faire plaisir.

- Disons que je n’avais pas imaginé cela...
- Moi non plus mais j’espère que tu comprends que j’ai des obligations familiales...
- Je le comprends, bien sûr mais j’aurais préféré que nous soyons ensemble.
- Cela se fera très vite, je t’en donne ma parole.

- Tu me donnes ta parole, Max ? Tiens-tu tes promesses ?
- Tu verras que je les tiens ! Je t’aime, Lilith.
- Je l’espère bien. Tout ira bien pour moi, mais pour toi, Max, est-ce que ça ira ?
- Ça ira, ma chérie, je te le promets.

- Parfait. Mais ne m’oublie pas, ou je pourrai te tuer.
- Tu me menaces, belle brune ?
- Evidemment ! N’en es-tu pas effrayé ?
- Non. De toute façon, je vais me tenir à carreaux.

- Je t’aime, Max, tu le sais, ça ?
- Jusqu’à ce jour, tu ne m’avais jamais dit « je t’aime » et j’en suis très heureux parce que je t’aime tellement que tes mots me réchauffent tout entier.

Maxime embrassa Lilith.

- Et si nous allions fêter la réussite de ce sort à l’étage, maintenant ?
- Très bonne idée, mon amour !



Caleb tambourinait à la porte.




Lilith avait entendu cette fois.



Caleb tituba et tomba en avant. Lilith le rattrapa de justesse.







Caleb s’effondra dans les bras de sa sœur, sous le regard médusé de Maxime qui n’aurait jamais pensé voir un jour ce vampire-là, dans un tel état de désespoir. Il lui paraissait si fort. Mais si sa femme était sa force, elle était aussi sa plus grande faiblesse. Le voir ainsi bouleversa Maxime.

Caleb pleurait dans les bras de Lilith.

Il ne s’arrêtait plus.


Maxime s’éclipsa discrètement, laissant Lilith consoler son frère.

Après de très longues minutes, elle finit par le conduire jusqu’à sa chambre.
Le lendemain matin, Caleb était frais comme un gardon et Maxime lui annonça officiellement son intention de quitter le manoir. L’avantage des vampires est qu’ils ne connaissent pas la gueule de bois. Caleb aborda donc la nouvelle avec légèreté.















Crédits Poses :
Rose allongée sur le lit (pyjama vert) : JOANNE BERNICE
Pose cadre photo dans la chambre (CC par moi) : KATVERSE
Caleb frappant à la porte puis avec Lilith : SIM-PLYREALITY
Pose cadre photo dans l'entrée (CC par moi) : LEALLAI
Crédit CC:
Pyjama de Rose : BELALOALLURE




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